Abraham et ses trois visiteurs d’un soir

Le 19 octobre, à l’initiative du « Conseil interreligieux » juifs, chrétiens et musulmans étaient invités à réfléchir ensemble sur l’hospitalité d’Abraham. La rencontre avait lieu pendant les huit jours de la Fête de Souccot, ou « fête des cabanes », à la synagogue Bar Yo’haï, toute neuve, dont la cour entière était couverte d’un toit végétal et servait de lieu de vie et de prière. Quel accueil que celui du Rabbin Nissim Sultan ! En particulier, dit-il, « à [ses] frères et sœurs musulmans, : votre présence me fait chaud au cœur…vous êtes ici chez vous ! » Le thème de l’hospitalité a été choisi en raison de l’actualité.

Le Père Loïc Lagadec, après la lecture de Genèse 18, propose un regard chrétien sur ce texte : il montre la réciprocité de l’accueil et le bénéfice partagé de l’hospitalité.

L’Imam Abdelnacer Zitouni, qui lui succède, souligne l’importance de l’hospitalité en Islam ; il fait un lien fort entre le jeûne et l’hospitalité. Joël Geiser, pour sa part, a décidé « de prendre le contrepied » de ceux qui l’ont précédé : ce n’est pas d’hospitalité qu’il s’agit dans Genèse 18, car Abraham est plutôt lui-même un immigré ! Il faut de reporter au chapitre 19 pour entendre parler de l’hospitalité de Loth et du non-accueil des habitants de Sodome. Là est l’enjeu de l’accueil : s’agit-il de faire connaissance ou de prendre emprise sur l’autre ? Le rabbin Sultan, enfin s’interroge : « à partir de quand ai-je pratiqué l’hospitalité ? – C’est dans la mesure où j’ai invité chez moi celui qui n’a pas où dormir. » « C’est aussi grand, dit un maître du Talmud, d’accueillir des invités que de recevoir la présence divine. – Non ! dit une autre maître, c’est plus grand ! » Si notre société veut survivre, conclut le Rabbin, il n’y a pas d’autre solution que l’hospitalité.

Les quatre orateurs se sont interrogés sur la personne des trois visiteurs. Ce sont des anges pour les musulmans ; peut-être de bédouins selon un midrash ; d’après le texte, remarque Joël, c’est Dieu lui-même. Mais, s’interroge L. Lagadec, le chrétien n’est-il pas appelé à recevoir quiconque « comme si c’était Dieu » ? Enfin, les quatre orateurs sont unanimes avec l’imam pour dire que « le plus comblé est celui qui reçoit. » Ou encore avec le rabbin : « L’hospitalité nous fait grandir plus que l’expérience de la présence divine. »

La soirée se termine sous la « souccah», autour d’un repas par petites tables où sont assis côté à côte, rabbin et imam, pasteurs et prêtre, membres du mouvement « Coexister »,  fidèles musulmans, juifs et chrétiens. Si nous n’en sommes qu’au début, cette rencontre n’est-elle pas prophétique ?

 

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